Observatoire du nucléaire

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Achats d’actions EDF : « Une très mauvaise affaire »

28 octobre 2005 · ana duarte

Message aux ache­teurs poten­tiels d’actions EDF, à l’occasion de l’ouverture du capi­tal de l’entreprise.

Même pour ceux qui sont favo­rable à l’atome, l’achat d’actions d’EDF ne peut être qu’un acte irra­tion­nel ou bien gui­dé par l’ignorance de la véri­té sur les charges et enga­ge­ments d’EDF. Voici des don­nées qui, s’ajoutant au défi­cit colos­sal d’ores et déjà accu­mu­lé par EDF (au moins 40 mil­liards d’euros, sûre­ment plus), per­mettent de dou­ter de l’avenir radieux d’EDF en bourse.

La Cour des comptes a ren­du en jan­vier 2005 un rap­port édi­fiant sur « le déman­tè­le­ment des ins­tal­la­tions nucléaires et la ges­tion des déchets radio­ac­tifs », mon­trant que le finan­ce­ment de ces opé­ra­tions n’était pas assu­rés, par­ti­cu­liè­re­ment pour EDF qui ne dis­pose que d’un « embryon d’actifs dédiés par rap­port à la masse à finan­cer ». On peut d’ores et déjà ima­gi­ner la chute ver­ti­gi­neuse des actions EDF en bourse lorsque la véri­té va écla­ter. Le syn­drome Enron va frapper…

Contrairement à une idée aus­si fausse que répan­due, EDF a tou­jours per­du et perd aujourd’hui encore de l’argent avec les cen­trales nucléaires (99 mil­lions d’euros de pertes en 2004). Ce sont le trans­port et la dis­tri­bu­tion de l’électricité qui sont (très) ren­tables : 1002 mil­lions d’euros en 2004. Or, à court terme, EDF per­dra ces acti­vi­tés au pro­fit d’autres struc­tures (en par­ti­cu­lier RTE pour le transport).

Les cen­trales, elles vieillissent, et plu­tôt mal : il faut chan­ger beau­coup plus tôt que pré­vu les cou­vercles de cuve, les géné­ra­teurs de vapeur. Les enceintes de confi­ne­ment sont de plus en plus poreuses, etc. De nom­breuses (très) mau­vaises sur­prises sont vrai­sem­blables… et cer­tai­ne­ment déjà connues d’EDF qui se garde bien d’en infor­mer ses futurs actionnaires…

Les 58 réac­teurs nucléaires fran­çais ne s’attaquent pas, comme on vou­drait nous le faire croire, au dérè­gle­ment cli­ma­tique. En réa­li­té, c’est exac­te­ment l’inverse : tem­pête 1999 (inon­da­tion de la cen­trale nucléaire du Blayais qui a frô­lé la catas­trophe), cani­cule 2003 (de nom­breuses cen­trales arrê­tées, impor­ta­tions mas­sives d’électricité). Le réchauf­fe­ment cli­ma­tique s’aggrave et va mettre de plus en plus sou­vent en échec les cen­trales nucléaires. Adieu ren­ta­bi­li­té, veau, vaches, cochons… (Sans par­ler de l’éventualité d’une catas­trophe nucléaire).

Le futur EPR a la même par­ti­cu­la­ri­té que tous les réac­teurs nucléaires actuels : il n’est pas conçu pour résis­ter à un crash sui­cide. De même, il peut occa­sion­ner une catas­trophe acci­den­telle ou due à un évè­ne­ment cli­ma­tique. Certes, juri­di­que­ment, EDF n’aurait à payer que la ridi­cule somme de 700 mil­lions d’euros (les mil­liards d’euros d’indemnisation étant payés par l’argent public, en ver­tu des scan­da­leuses conven­tions de Paris et de Bruxelles). Mais il est évident que l’activité indus­trielle nucléaire serait lour­de­ment frap­pée. L’action EDF appro­che­rait sûre­ment du zéro absolu…

Acheter des actions EDF, c’est deve­nir propriétaire :

Ceux qui ont de l’argent à inves­tir dans l’énergie feraient mieux de le mettre… n’importe où ailleurs que dans EDF ! Le mieux serait cer­tai­ne­ment dans les indus­tries liées à l’efficacité éner­gé­tique, les éco­no­mies d’énergie, et les éner­gies renouvelables.