Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Revue de presse n°12

30 août 2012 · ana duarte

Vendredi 17 août

**Nucléaire : les fissures françaises sont meilleures que les belges !

En 1990, une remar­quable fic­tion russe nom­mée « Raspad » illus­trait, avec un humour slave déca­pant, la décom­po­si­tion du sys­tème sovié­tique sur fond de catas­trophe de Tchernobyl. Vous pou­vez la voir ici… en russe non sous-titré (!). Si vous avan­cez le cur­seur à 1h13, vous ver­rez des mani­fes­tants qui se battent… pour aller à Tchernobyl, et d’autres qui bran­dissent des ban­de­roles assu­rant que « Les radia­tions sovié­tiques sont les meilleures du monde »…

Et bien sachez que les « res­pon­sables » du nucléaire fran­çais sont tout aus­si risibles : alors que les révé­la­tions se mul­ti­plient concer­nant les fis­sures des cuves de nom­breux réac­teurs nucléaires dans le monde et en France, l’Autorité de sûre­té fran­çaise (ASN) nous apprend que les fis­sures des réac­teurs fran­çais sont les meilleures du monde, du moins meilleures que celles détec­tées en Belgique et qui concernent une dizaine de pays jusqu’en Argentine.

Pourtant, lorsque le pré­sident de l’ASN par­ti­ra à la retraite en novembre, des concerts de louanges s’élèveront pour le glo­ri­fier… dans le but d’accréditer la « par­faite sûre­té nucléaire en France ». C’est d’ailleurs déjà le cas (cf une véri­table hagio­gra­phie dans La Croix). Le 14 juillet, M. André-Claude Lacoste a été « éle­vé » au grade de com­man­deur de la légion d’honneur par le nou­veau pou­voir poli­tique. Les fis­sures sont bien gardées…

Samedi 18 août

**Quelques rappels historiques concernant Hiroshima et Nagasaki

Quelques rap­pels bien utiles à pro­pos des bom­bar­de­ments ato­miques d’Hiroshima et Nagasaki en août 1945. A l’époque, de nom­breux médias se sont… émer­veillés ! Oubliant les cen­taines de mil­liers d’individus tués, dont la majo­ri­té en quelques secondes, les édi­to­ria­listes ont célé­bré une gran­diose « avan­cée scientifique ».

Les médias fran­çais ne furent pas en reste, du Monde à l’Humanité, celle-ci célé­brant le phy­si­cien com­mu­niste Frédéric Joliot-Curie. Ce der­nier publia même un com­mu­ni­qué célé­brant sa propre contri­bu­tion à ces deux bom­bar­de­ments, rap­pe­lant même avoir dépo­sé des bre­vets. Il n’alla tou­te­fois pas jusqu’à deman­der des royal­ties aux USA…

Dimanche 19 août

**Afrique : Areva prétend respecter l’environnement et les droits humains !

Golden Misabiko est un homme droit et cou­ra­geux qui a été empri­son­né en 2009 (voir com­mu­ni­qué AFP et Amnesty International) pour avoir contes­té l’exploitation illé­gale d’une mine d’uranium au Katanga (République démo­cra­tique du Congo). Cette mine avait quelques mois aupa­ra­vant été rache­tée… par Areva, sous la direc­tion d’Anne Lauvergeon. Et, c’est bien connu, on ne gagne rien à cri­ti­quer les acti­vi­tés de cette dame : on se retrouve par­fois au chô­mage, par­fois en pri­son, etc…

Cet été, Golden Misabiko est venu en France par­ler des ravages cau­sés (à l’environnement et à la démo­cra­tie) par les mines d’uranium. Areva s’est sen­ti obli­gé de répondre avec sa plus belle langue de bois : il est même ques­tion de « poli­tique sociale, envi­ron­ne­men­tale et socié­tale responsable » !

Notons qu’une des struc­tures citées dans l’article, l’association Sherpa, a reçu 80 000 euros… de la part d’Areva (voir aus­si) : on doit pou­voir faire mieux en terme d’ « indé­pen­dance ». Enfin, iro­nie de l’Histoire, c’est l’uranium extrait de la fameuse mine du Katanga qui a ser­vi pour fabri­quer la bombe ato­mique qui a rayé Hiroshima. Areva sait pré­ser­ver le « patrimoine »…

Lundi 20 août

**Les centrales nucléaires chinoises « encore plus sûres »

Tout comme les les­sives qui lavent déjà blanc mais dont la nou­velle for­mule va per­mettre de laver « plus blanc que blanc », les cen­trales nucléaires sont « sûres » mais deviennent conti­nuel­le­ment « encore plus sûres ». Et ce en Chine comme ailleurs. On se demande donc pour­quoi se pro­duisent quand même des inci­dents, des acci­dents, et fina­le­ment des catas­trophes. Avec le vieillis­se­ment des cen­trales, l’éventualité de tels drames devient hélas « encore plus sûre »…

**Areva sous surveillance renforcée : on rit jaune à Libération

Au JO du 20 août, on note la publi­ca­tion d’un décret qui « approuve dif­fé­rentes modi­fi­ca­tions de l’article 22 des sta­tuts d’AREVA qui visent à ren­for­cer les pou­voirs du conseil de sur­veillance d’AREVA. La com­pé­tence de ce der­nier est éten­due aux déci­sions d’investissement por­tant créa­tion d’un site ou aug­men­ta­tion des capa­ci­tés d’un site exis­tant pour un mon­tant supé­rieur à 20 mil­lions d’euros ».

Areva était en effet mal sur­veillée jusqu’alors, et des petits malins – dont Mme Lauvergeon - en ont pro­fi­té pour mener de trou­blantes affaires (cf revue de presse de la semaine der­nière). On doit rire jaune à Libération qui, désor­mais, est sous la sur­veillance sans faille d’Atomic Anne : en par­ti­cu­lier, rien dans Libé sur les fameuses aven­tures de la dame avec la socié­té Uramin (cf revue de presse pré­cé­dente). A quand un décret au JO pour… réduire les pou­voirs du conseil de sur­veillance de Libération ?

Mardi 21 août

**Le Commissariat à l’énergie atomique nous prend (encore) pour des idiots

A l’occasion du départ de la Marche pour l’arrêt immé­diat du nucléaire, don­né devant le site nucléaire de Cadarache, le Commissariat à l’énergie ato­mique (CEA) tente, par un com­mu­ni­qué, de faire pas­ser son site pour un lieu de paix et de dou­ceur : « Cadarache n’est pas une cen­trale nucléaire mais le pre­mier centre euro­péen de recherche sur les éner­gies bas carbone. »

Et de mettre en exergue quelques (rares) acti­vi­tés dans les éner­gies alter­na­tives, infime arbuste qui ne sau­rait cacher une véri­table forêt d’installations nucléaires : 18 INB dites « civiles », dont deux en construc­tion, des ins­tal­la­tions secrètes concer­nant le nucléaire mili­taire, desdizaines d’autres ins­tal­la­tions nucléaires, sans oublier le chan­tier d’ITER.

Créé en 1959, le site de Cadarache est depuis plus de 50 ans une pièce majeure du lob­by nucléaire, et ce ne sont pas les com­mu­ni­qués léni­fiant du CEA qui chan­ge­ront quoi que ce soit à cette triste réalité.

**De plus en plus de mou dans la « renaissance du nucléaire » en Grande-Bretagne

Si vous ne lisez pas l’anglais, vous obtien­drez ici une tra­duc­tion auto­ma­tique, assez mau­vaise mais per­met­tant de com­prendre l’essentiel.

Comme déjà indi­qué dans de pré­cé­dentes revues de presse, diverses sources, à com­men­cer par EDF, pré­tendent que le nucléaire va reve­nir en force en Grande-Bretagne où les réac­teurs vont « bien­tôt » pous­ser… comme des champignons.

En réa­li­té, le plan nucléaire bri­tan­nique prend l’eau de par­tout et il ne reste plus guère qu’EDF pour s’accrocher encore. Cependant, la mul­ti­na­tio­nale fran­çaise est par­fai­te­ment bien pla­cée pour savoir que l’exploitation de réac­teurs nucléaires n’est ren­table que si elle est mas­si­ve­ment sub­ven­tion­née. Or de telles aides sont inter­dites par Bruxelles au nom de la concur­rence « libre et non faussée ».

Le gou­ver­ne­ment bri­tan­nique, pour­tant très libé­ral le reste du temps, reste déci­dé à ver­ser à EDF de telles aides, ou plus exac­te­ment à les pré­le­ver sur les fac­tures des consom­ma­teurs bri­tan­niques. Mais ce mon­tage gros­sier a toutes les chances de ne pas être vali­dé par Bruxelles. Les nucléo­crates se désespèrent…

**Belgique : le chef de la sûreté nucléaire viré pour avoir vu des fissures

Il est vrai que M. De Roovere avait dépas­sé l’âge de la retraite, mais il fai­sait du « rab » sans que cela ne dérange per­sonne… jusqu’à ce qu’il estime « impro­bable » la remise en ser­vice du réac­teur Doel3, dont la cuve est mitée par les fis­sures. Prenons les paris : le pro­chain patron de la « sûre­té » nucléaire belge ne ver­ra aucun incon­vé­nient au redé­mar­rage de Doel3. Il est même pro­bable que cette « bien­veillance » soit une condi­tion incon­tour­nable pour qui est can­di­dat à la suc­ces­sion de M. De Roovere…

**Ligne THT Cotentain-Maine : le totalitarisme nucléaire

D’un côté, un gen­darme mobile qui se plaint d’une « ter­rible »… dou­leur à un pouce. De l’autre, 25 per­sonnes bles­sées – dont deux griè­ve­ment – par les gen­darmes mobiles. Résultat sans sur­prise : ce sont les mani­fes­tants anti-ligne THT qui sont condam­nés. Et ce n’est pas le nou­veau gou­ver­ne­ment PS-EELV qui ordon­ne­ra au RTE (Réseau de trans­port de l’électricité) de ces­ser ses agis­se­ments et aux gen­darmes mobiles de taper moins fort. Comme les pré­cé­dents, ce gou­ver­ne­ment obéit au lob­by nucléaire. C’est comme ça en France.

Mercredi 22 août

**Corse : l’enquête épidémiologique sur Tchernobyl démarre fort

Depuis 26 ans, le lob­by nucléaire fran­çais empêche l’émergence de la véri­té sur les consé­quences du pas­sage du nuage de Tchernobyl sur la France. Il faut dire que le lob­by et ses relais dans l’Etat sont direc­te­ment impli­qués dans le men­songe qui a eu lieu au moment de ce nuage… et depuis lors.

Fatiguée d’être « bala­dée », la col­lec­ti­vi­té ter­ri­to­riale de Corse – une des régions les plus tou­chées par le nuage radio­ac­tif – a déci­dé de prendre les choses en main et de faire réa­li­ser elle-même une grande enquête épi­dé­mio­lo­gique. A suivre de près…

**Fukushima : et si le pire était à venir ?

Nous avons déjà évo­qué la situa­tion cri­tique de la pis­cine de com­bus­tible du réac­teur 4 de Fukushima, qui pour­rait cau­ser une catas­trophe encore bien pire que celle de Tchernobyl ou celle com­men­cée le 11 mars. Le temps passe mais le dan­ger reste là : à chaque ins­tant, un cyclone ou un séisme peut cau­ser l’irréparable (en n’oubliant jamais qu’une catas­trophe nucléaire n’est jamais de la faute d’un évé­ne­ment natu­rel ou d’une « erreur humaine », mais bien de la faute de l’industrie nucléaire et de ceux qui la sou­tienne). Les « grands médias » semblent enfin s’intéresser à cette ques­tion, mieux vaut tard que jamais…

Jeudi 23 août

**Japon : des poissons hautement radioactifs près de Fukushima

Après les papillons mutants (cf revue de presse pré­cé­dente), voi­ci les pois­sons hau­te­ment radio­ac­tifs. Qui peut encore croire que les humains ne seront pas gra­ve­ment tou­chés sur des géné­ra­tions par Fukushima et les autres acti­vi­tés (acci­den­telles ou « nor­males ») de l’industrie nucléaire ?

**Sortie du nucléaire au Japon : le double langage du premier ministre

De nom­breux médias ont relayé cette infor­ma­tion : « Le Japon réaf­firme sa volon­té de sor­tir de la dépen­dance au nucléaire ». En réa­li­té, le pre­mier ministre japo­nais a annon­cé que le Japon devait « sor­tir de sa dépen­dance au nucléaire à moyen ou long terme ».

Pour celles et ceux qui n’auraient pas l’habitude de décryp­ter ce genre de décla­ra­tions, il faut être clair : il s’agit incon­tes­ta­ble­ment d’une posi­tion favo­rable au redé­mar­rage des réac­teurs nucléaires actuel­le­ment arrê­tés au Japon.

La pré­ci­sion « à moyen ou long terme », que l’on croi­rait extraite d’un accord PS-EELV en France (!), relève pure­ment et sim­ple­ment de la trom­pe­rie. C’est l’équivalent de la note de bas de page de votre contrat d’assurance, en carac­tères minus­cule, qui fait que vous ne serez fina­le­ment pas rem­bour­sé en cas de sinistre.

Notons néan­moins que, si le pre­mier ministre est obli­gé de se livrer à ce genre de manœuvres, c’est parce que la mobi­li­sa­tion anti­nu­cléaire ne fai­blit pas au Japon. Heureusement, les citoyens de ce pays savent qu’ils ne doivent pas se lais­ser démo­bi­li­ser par de telles déclarations…

**Marche pour l’arrêt immédiat du nucléaire, Randonnée en vélo Plogoff-Fessenheim : le poids des mots

Nous avons signa­lé dans la pré­cé­dente revue de presse la « cara­vane cycliste » de Plogoff à Fessenheim, ini­tia­tive louable mais dont les reven­di­ca­tions sont hélas très timo­rées (cf cri­tique acerbe ici)

A quelques cen­taine de kilo­mètres de là, dans le Sud, se déroule par contre une « Marche pour l’arrêt immé­diat du nucléaire » qui ne mâche pas ses mots et qui a d’ailleurs enva­hi le siège d’Areva situé à Bagnols/Cèze.

On ne s’étonnera pas que les diri­geants du Réseau Sortir du nucléaire (diri­geants illé­gi­times) boy­cottent cette ini­tia­tive qui, il est vrai, fait res­sor­tir la vacui­té de leurs « reven­di­ca­tions » comme « Changeons d’ère », « Révolution énerg’éthique » et autres concepts fumeux…

Pourtant, la base du Réseau est, elle, réso­lu­ment anti­nu­cléaire et a d’ailleurs réus­si à impo­ser à ses « chers diri­geants » la reven­di­ca­tion de la fer­me­ture immé­diate des réac­teurs ayant dépas­sé 30 ans. Les « diri­geants » ont empê­ché toute autre radi­ca­li­sa­tion des reven­di­ca­tions mal­gré Fukushima, comme si une catas­trophe nucléaire cau­sée par un réac­teur de moins de 30 ans était anodine !

Pour mémoire, les japo­nais ont réus­si en quelques mois à faire arrê­ter TOUS les réac­teurs (54, en comp­tant ceux de Fukushima) et se battent contre leur remise en service.